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L'idée est de chroniquer régulièrement un disque adapté pour le jeu de rôle d'horreur selon le canevas suivant :
Conditions : le CD doit pouvoir s'écouter en entier pendant la partie (donc pas de skeud où juste la piste 12 convient à une ambiance d'horreur). Je ne copie-colle pas une chronique existante. Je chronique uniquement des CD qui sont en ma possession, et que j'ai déjà écouté moultes fois. Je ne suis pas musicien, juste mélomane. Je ne m'étendrai pas sur des termes techniques ni sur la bio du groupe, juste sur l'ambiance dégagée.


BRAME / Tenaille / 2009

Genre : post americana / field recordings
A écouter : la tête en friche industrielle
Idéal pour : Warsaw, Deadlands, Summerland
Comme au cinéma : Les Rivières Pourpres 2, La Raison du Plus Faible

Autopsie : Pour mon retour de vacances, nous allons plonger dans un contrée qui n'évoque justement pas les vacances : la Lorraine, et ses friches industrielles, ses gares abandonnées, et les derniers habitants qui côtoient ce désert de l'emploi. Les églises en fer rouillé, la Ligne Maginot, et les rails de chemin de fer, et les wagons tagués. C'est ce paysage là que nous offre la musique de Brame, un two-man band français tout ce qu'il y a de plus confidentiel. Si les field recordings (chants d'oiseau, sons du train, vent dans les ruines) créent cette évidence, la musique quant à elle lorgne vers l'americana, et impose un parallèle audacieux : les friches industrielles de la Lorraine, c'est un western contemporain. Un western fait de misère rurale, de familles déshéritées, de rouille, et de futur sans avenir. Mais c'est une americana mutante; c'est une Lorraine digne de "La Colline a des yeux" : instrumentaux déglingués, chant réduit à un vagissement crépusculaire... L'ensemble évoque l'art brut, rappelle que le nuage de Tchernobyl ne s'est pas arrêté à la frontière, et a dans les yeux le bleu qui manque à son décor. Et finalement, comme un accident, c'est une beauté, une nostalgie, qui évoque les œuvres des photographes qui font de l'exploration urbaine : les ruines ont une âme, elles ont quelque chose à dire, et un décor de désolation en vaut bien un autre.
En attendant, c'est à la fois la bande son idéale pour un western crépusculaire dans les mines du Klondike, une errance dans les rues mortes de Warsaw hantées par le fantôme de Sergio Leone, ou tout simplement un polar de l'est gorgé au schnaps et au chamanisme.
Et comme c'est en téléchargement libre sur le site du groupe, ça ne vous coûtera rien de tenter le tourisme de l'oubli.

Dernière modification par Pikathulhu (12 Aug 2010 19:03)